J’ai été immédiatement séduit par ces tweeters magnétiques planaires, à la restitution fluide et d’une pureté exceptionnelle.
Découvrir le son des tweeters magnétiques planaires peut littéralement bouleverser vos repères auditifs. Ce fut mon cas. Un tweeter conventionnel à dôme en soie ne peut rivaliser avec l’extension dans les hautes fréquences et la résolution du registre supérieur propres à la technologie magnétique planaire. La différence est saisissante, et il m’a fallu un certain temps pour m’y habituer. Tout en restituant avec une précision remarquable les informations sur l’ensemble du spectre audio, les Iota Alpha mettaient également en évidence la moindre micro-fissure, poussière ou gouttelette nasale à la surface de chaque disque vinyle écouté. Les aigus et les notes du bas-médium offraient une ouverture pleine de douceur ; l’extension des basses, pour des enceintes de si petite taille, fut aussi une véritable révélation — et je ne parle pas ici de graves lourds et mous, mais de fréquences basses profondes, fermes et d’une belle justesse tonale.
La capacité des NEAT à restituer avec finesse le toucher et le timing a créé une expérience unique en son genre. Avec le bon disque, comme *Back to Oakland* de Tower of Power (LP, Direct-Disk Labs SD 16601), les Iota Alpha prenaient vie de manière viscérale, vives et agiles comme des félins, avec une dynamique rythmique puissante et affirmée émanant de presque tous les instruments. La musique semblait s’envoler, suscitant parfois une émotion si intense qu’elle m’a littéralement cloué sur place ! Les Iota Alpha faisaient également preuve d’une grande agilité et d’une rapidité extrême, avec du panache, du tempérament et beaucoup d’enthousiasme.
Les NEAT rencontrent l’ensemble Kuzma-Shindo
Pour évaluer des éléments hi-fi, je commence généralement par écouter l’appareil testé sur mon système « budget » (Music Hall, Heed, Elac, Snell), puis sur mon système principal (Kuzma, Shindo, DeVore). Ce qui fonctionne bien sur le petit système d’écoute de proximité sonne généralement encore mieux sur le système principal, selon les autres maillons de la chaîne, etc. J’ai suivi cette procédure pour les petites NEAT, mais pour une raison ou une autre, elles ont fini par intégrer le système principal plus tôt que prévu. Compte tenu de la puissance de sortie de 25 W par canal de l’amplificateur Shindo Haut-Brion, je m’attendais presque à voir les Iota Alpha (avec leur sensibilité de 86 dB) s’essouffler, comme l’avaient fait les enceintes Suns de Trenner & Friedl (sensibilité de 82 dB). Eh bien, j’avais tout faux. On me demande parfois quelle musique j’écoute lorsque j’évalue du matériel audio. Cela me ramène à ce que je disais plus tôt au sujet de mes compagnons audiophiles : Steve Cohen, du revendeur new-yorkais In Living Stereo, m’a récemment fait découvrir *Tour de France* de Kraftwerk (double vinyle, Astralwerks/Warner Bros. 791203). Cet album, enregistré en 1983 mais sorti seulement en 2003, sonne aussi actuel que les productions de Brandt Brauer Frick, de FKA twigs ou d’artistes issus de l’EDM, du footwork et de la techno. Les voix caverneuses, presque monosyllabiques, et les strates de synthétiseurs déchaînés se révélaient à la fois captivantes et apaisantes grâce aux Iota Alpha, créant une véritable locomotive de rythmes parcourant le globe et une sonorité chaleureuse, voire luxueuse. *Tour de France* a constitué une démonstration éclatante de la conception géniale des Iota Alpha. Non seulement les enceintes NEAT ont restitué les basses abyssales de ces disques de manière inattendue, mais elles ont aussi reproduit avec gourmandise la microdynamique subtile des différents synthétiseurs et percussions, tissant une trame riche de timbres, de textures et d’éléments sonores quasi infrasoniques. Elles ont en outre insufflé une énergie remarquable à ce tableau haute résolution. Les minuscules Iota Alpha ont extrait la musique de Kraftwerk de ses sillons pour la restituer de manière parfois hyperréaliste — comme si la musique était une peinture dont j’admirais les couleurs riches, les traits audacieux et les contrastes énergiques.
Le morceau « Diane », extrait de l’album *Steamin’ with the Miles Davis Quintet* de Miles Davis (vinyle mono, Prestige 7200), tourne souvent sur ma platine, et les Iota Alpha ont ouvert une nouvelle fenêtre sur ce classique enregistré en 1956. J’avais alors identifié l’une des constantes des Iota : une fluidité et un sens du mouvement exceptionnels, quel que soit le genre musical. Elles possédaient ce sens du rythme irrésistible, perceptible dans les lignes de basse entraînantes de Paul Chambers, dans le son éthéré et feutré de la trompette de Davis et, plus distinctement encore, dans le jeu de cymbale puissant de « Philly » Joe Jones. Maître tant de la propulsion rythmique que des prouesses à la caisse claire, Jones était capable de vous faire « swinguer jusqu’à l’épuisement », comme le veut l’expression. Les NEAT ont mis en valeur son jeu d’une ampleur magistrale et sa virtuosité fondée sur les rudiments de la batterie. Entendre Jones alterner entre deux cymbales *ride* distinctes pour accompagner différents solistes fut une expérience saisissante grâce aux NEAT. Jamais je n’avais entendu ces nuances restituées avec autant de précision et d’agrément. Lorsque je me concentrais sur l’une des *rides*, je percevais distinctement l’étendue de sa circonférence ; la cymbale sonnait à la fois vaste et parfaitement définie dans le mix mono, voyant sa couleur et sa définition évoluer à mesure que Jones modifiait le point d’impact de sa baguette pour chaque solo. Ce fut une véritable révélation, une expérience inédite que je n’avais jamais vécue avec aucune autre enceinte.
L’interprétation des *Tableaux d’une exposition* de Moussorgski par le Philharmonia Orchestra sous la direction d’Herbert von Karajan (LP, Angel EMI 35430) s’est révélée tout aussi révélatrice. Les NEAT restituaient aussi bien le flux sombre de la musique que sa curiosité enjouée, dessinant les contours de chaque instrument avec une clarté stupéfiante. Il ne s’agissait pas d’un son artificiellement ciselé, montant ou aéré à l’excès, mais d’une reproduction musicale d’une présence totale, tangible et charnue. Les timbres instrumentaux étaient riches et denses pour des enceintes de si petite taille. La sonorité des NEAT faisait preuve d’une grande cohérence sur tout le spectre, les aigus du tweeter à ruban magnétique s’intégrant harmonieusement aux fréquences médiums et aux graves. Les *Tableaux* étaient restitués comme une vaste fresque orchestrale, vivante, palpitante, très dynamique et d’une grande richesse. Les NEAT rendaient justice aux magnifiques textures de chaque instrument avec une intimité saisissante, sur toute la plage dynamique, du *pianissimo* au *fortissimo*. Loin de paraître étriquée ou tronquée, la scène sonore déployée par les NEAT s’élevait parfois jusqu’au sommet de mon meuble hi-fi, qui m’arrivait pourtant à hauteur de poitrine.
La fermeture du disquaire new-yorkais Other Music a laissé un vide douloureux pour les amateurs de musique électronique d’avant-garde. Si le vendeur en ligne Boomkat comble sans doute cette lacune, il lui manque la touche personnelle qui faisait le charme d’Other Music. Parmi les artistes que j’ai eu le plaisir de découvrir chez Other Music, citons FKA Twigs et son unique album complet, *LP1* (LP, Young Turks YTLP 118). Sa voix est un mélange audacieux de gémissements, de soupirs et de grognements brefs ; sa musique forme un univers électronique singulier, où les rythmes lancinants et les lignes de basse fracturées évoquent l’angoisse sexuelle et la violence de la *femme fatale* incarnée par Scarlett Johansson dans *Under the Skin*, un film de science-fiction horrifique tout en chaleur, en pulsations et en délires sonores. Les NEAT mettaient en valeur la sorcellerie sonore de Twigs à travers des contorsions de synthétiseur ondulantes, des basses dub aux spirales vertigineuses et des rythmes précis sculptés dans l’espace. J’ai été une fois de plus surpris qu’un si petit coffret puisse produire de tels sons.
Music Hall et les NEAT
En installant les Iota Alpha dans mon système d’écoute de proximité, j’ai placé les enceintes à environ 30 cm (12 pouces) du mur avant et à 2,15 m (85 pouces) de mon fauteuil d’écoute, en les orientant vers l’intérieur jusqu’à ce que leurs parois latérales ne soient plus visibles. Dans cette configuration, les notes graves — qu’elles soient acoustiques ou électroniques — présentaient une restitution nettement plus douce qu’avec l’amplification Shindo ; un fait inhabituel, sachant que l’ampli-tuner à transistors Heed Elixir délivre pratiquement deux fois plus de puissance que les appareils Shindo. Mais, une fois de plus, les NEAT ont réussi leur tour de force : allier une résolution exceptionnelle à une excellente cohérence sur tout le spectre, une belle justesse tonale et une maîtrise des timbres et de la rapidité rarement égalée par une petite enceinte. Les notes de l’extrême aigu étaient fluides, incisives, rapides et aériennes. Si les notes de l’extrême grave manquaient un peu de netteté dans l’attaque, le médium et le haut-grave étaient restitués avec vivacité et profondeur, conservant ce caractère organique et viscéral qui m’avait déjà séduit avec les Shindo.
Revenons à l’album *Tour de France* de Kraftwerk : les notes de synthétiseur dans le haut du spectre sonnaient un peu « papier » et les basses étaient plus douces qu’avec les Shindo, mais les qualités remarquables des Iota Alpha — haute résolution, richesse des timbres et naturel — demeuraient intactes. Les NEAT projetaient une image sonore en 3D qui semblait se détacher du plan des façades des enceintes, créant une scène sonore à la fois dense et aérée. Les rythmes hypnotiques et la souplesse sonore enjôleuse du morceau « La Forme » s’associaient à des basses électroniques profondes et percutantes, pour une restitution sonore d’une cohérence exceptionnelle.
La restitution des *Tableaux d’une exposition* par le duo Heed-NEAT n’atteignait certes pas la densité ni la pureté tonale de mon système Shindo à éléments séparés, mais elle en conservait l’équilibre, le sens du rythme et la cohérence tonale. Je pourrais m’étendre longuement sur les nombreuses qualités brillantes que les NEAT ont apportées à ce chef-d’œuvre orchestral. Lors de ce que j’appelle volontiers la « section de la marche funèbre » — où les caisses claires produisent des roulements dramatiques tandis que les instruments jouant le thème principal gagnent en volume et en intensité —, l’ampleur, le tempo et la dynamique étaient d’une précision et d’une clarté remarquables avec les NEAT. Elles offraient une vision saisissante de l’orchestre, où chaque instrument disposait de son propre espace et d’une clarté distincte au sein de l’ensemble.
Sur l’enregistrement de « Diane » par Miles Davis, les instruments de son premier grand quintet ont livré tous leurs secrets grâce aux NEAT. Les ponctuations de caisse claire de Philly Joe Jones étaient restituées avec une profondeur rigoureuse, et la trompette de Davis incarnait le « Prince of Darkness » : incisive, riche et élégante. La cymbale ride de Jones était reproduite avec beaucoup de profondeur et d’espace, tout en semblant quelque peu en retrait par rapport au reste du groupe. Lorsque le soliste changeait — passant de Davis à John Coltrane —, la sonorité de la cymbale ride de Jones évoluait également, passant d’un timbre sec et tendu à une sonorité scintillante. J’ai perçu quelques rares notes au rendu aride ou évoquant le papier, mais, dans l’ensemble, la musique était restituée avec beaucoup de corps, de richesse et de profondeur.
Enfin, les NEAT ont restitué la présence électronique de FKA Twigs via mon système plus modeste. Le registre aigu présentait cette même sonorité un peu sèche, voire une légère coloration nasale. Il s’agissait davantage d’un brillant superficiel que d’une véritable carence dans les hautes fréquences ; c’était peut-être tout simplement la signature sonore de l’enregistrement lui-même. Si la musique électronique offre un bel équilibre entre puissance, assise dans le grave et sonorités surréalistes, je n’ai encore jamais entendu un disque de dubstep, d’EDM ou d’IDM (Intelligent Dance Music) capable de déployer une véritable scène sonore comparable à celle d’un bon enregistrement orchestral ou de jazz acoustique. Sur la plupart des disques électroniques, la production est conçue pour s’imposer frontalement, et c’est le cas de l’album *LP1* de FKA Twigs. La basse « dub » y était planante et douce, tout en préservant une résolution raffinée dans les hautes fréquences pour les voix et les synthétiseurs. Les NEAT ont accompli un travail remarquable pour restituer toute la dimension dramatique et la puissance percutante de la musique de Twigs, ne laissant rien à désirer.
Conclusions
Qu’est-ce qui définit une conception d’enceinte révolutionnaire ? Je connais des modèles de chez Meadowlark et Spica — deux marques aujourd’hui disparues — dotés de façades fortement inclinées, mais aucun n’était aussi compact ni aussi proche du sol que la NEAT Iota Alpha. Par ailleurs, diverses enceintes omnidirectionnelles ont utilisé des woofers rayonnant vers le bas, sans pour autant rencontrer un immense succès populaire. L’Iota Alpha est un cas à part : une enceinte aux performances héroïques dont l’apparence ne laisse rien deviner de telles capacités ; un véritable concentré de talent et de puissance. Elle allie des hautes fréquences ouvertes, étendues et dénuées de grain à un médium d’une grande clarté, tout en délivrant des basses de toutes sortes, constamment étendues et étonnantes par leur intensité dramatique.
Jetez un coup d’œil à la liste des « Composants recommandés » publiée par *Stereophile* dans son numéro d’octobre 2016 : les enceintes coûtant environ 2 000 $ la paire n’y sont pas rares. Ce segment du marché, marqué par une concurrence féroce, comprend (prix par paire) : les SB-C700 de la gamme Premium Class de Technics (1 699 $), les 683 S2 de Bowers & Wilkins (1 650 $), les Silver 8 de Monitor Audio (2 000 $), les Performa3 M106 de Revel (2 000 $) et les SCM7 v.3 d’ATC (1 749 $).
Je suis convaincu que tous ces excellents produits donneraient du fil à retordre aux NEAT Acoustics Iota Alpha. Les atouts des Iota Alpha résident dans une résolution et une extension des hautes fréquences exceptionnelles, des médiums solides et une restitution du grave remarquable pour une enceinte de ce gabarit. Toutefois, la plus grande réussite de la petite Iota Alpha réside dans la physicalité pure et la puissance raffinée de sa sonorité. Disque après disque, j’avais l’impression de découvrir non seulement des détails inédits, mais aussi, dans une certaine mesure, une nouvelle interprétation. Le tweeter magnétoplanar de NEAT fait preuve d’une précision absolue, mais le véritable tour de force de Bob Surgeoner est d’avoir su conjuguer cohérence spectrale, naturel des timbres et dynamique convaincante. C’est non seulement « neat » (impeccable), mais aussi vivement recommandé.
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