L’ÉCOUTE
Imaginez la Ministra, puis poussez le curseur encore plus loin — pour reprendre la célèbre analogie du film *Spinal Tap*. La Majistra est une enceinte de bibliothèque de taille modeste au son superbe ; elle conserve toutes les qualités de sa petite sœur plus abordable et plus compacte, tout en gommant ses quelques défauts. Certes, l’investissement est plus conséquent par rapport au modèle d’entrée de gamme, mais vous gagnez en assurance et en sérénité, avec une assise sonore plus solide — pour ainsi dire. Pour autant, cette nouvelle enceinte conserve un aigu magnifique ainsi que cette capacité, défiant les lois de la physique, à produire des basses généreuses malgré un coffret de petite taille.
Le plus beau dans tout cela, c’est que cette nouvelle Neat est un véritable plaisir à écouter. J’ai testé un nombre incalculable d’enceintes au fil des ans et je dois souvent m’y habituer avant de vraiment saisir leur philosophie sonore. Avec la Majistra, il a suffi de s’installer devant, d’appuyer sur « lecture » et de se laisser porter. Elle fait preuve d’une nature remarquablement accessible et spontanée, rendant la musique agréable, naturelle et riche en émotions. Elle ne cherche pas à vous épater par une prouesse particulière ; elle détourne simplement votre attention de l’enceinte elle-même pour vous plonger au cœur de la musique. Même en 2022, rares sont les modèles capables d’offrir une telle expérience dans cette gamme de prix.
Cette immédiateté musicale et cette articulation sont rendues possibles par une clarté cristalline dans le médium et l’aigu, alliée à un grave parfaitement intégré et discret, ainsi qu’à une excellente maîtrise du domaine temporel qui assure une restitution vive des transitoires d’attaque des instruments. Prenons l’exemple de *Head Over Heels* de Tears For Fears : un morceau pop entraînant du milieu des années 80, dont la qualité est toutefois quelque peu altérée par les techniques d’enregistrement numérique de l’époque. Le son manque de netteté selon les standards actuels et, sur un système médiocre, il peut paraître brouillon et manquer de richesse tonale. Avec la Majistra, en revanche, l’écoute s’est avérée étonnamment satisfaisante.
Le superbe tweeter à ruban y est pour beaucoup, offrant une restitution nette et détaillée des fréquences aiguës et médiums. J’ai adoré le riff de clavier principal, plein de vivacité, et l’enceinte a su mettre en valeur la sonorité brillante du synthétiseur numérique Yamaha DX7 — emblématique de cette époque — qui s’exprimait en arrière-plan. Bien que les voix des deux hommes se ressemblent beaucoup, je distinguais aisément Roland Orzabal au chant principal et Curt Smith aux chœurs, tout en repérant le producteur Chris Hughes doublant la voix du premier sur les refrains. La basse était mélodique, tendue et puissante, tandis que la guitare électrique soliste offrait un son net et direct.
Cette enceinte excelle donc à décortiquer les mixages pop denses, mais son véritable tour de force consiste à installer un groove puissant et à le tenir sans faiblir. Avec les Neat, le titre *Head Over Heels* prenait une dimension résolument rock, rappelant par certains aspects *Sowing The Seeds of Love*, sorti quelque cinq ans plus tard. L’effet fut identique sur les sonorités « pincées » et typées new wave de *Walk On By* des Stranglers. La Majistra ne s’est pas laissé déstabiliser par la qualité d’enregistrement brute et rugueuse de ce morceau post-punk épique de la fin des années 70 ; elle a préféré se concentrer directement sur la ligne de basse nerveuse et la batterie rock percutante, telle une tête chercheuse. L’écoute était un vrai plaisir, même si le tweeter, très révélateur, soulignait le caractère « lo-fi » de l’enregistrement. Pour autant, l’enceinte restituait une foule de détails, des arpèges d’orgue électrique à la guitare rythmique poussée à bloc.
Si l’on monte d’un ou plusieurs crans en matière de qualité d’enregistrement, la Majistra peut se révéler tout à fait spectaculaire. Bien que l’album date du milieu des années 80, rares sont ceux qui ont surpassé la sonorité électronique cristalline de *Techno Pop* de Kraftwerk. La petite Neat a adoré l’exercice, saisissant l’occasion de démontrer sa remarquable capacité à restituer les détails ; j’ai été frappé par la résonance des harmoniques de certains sons de synthétiseur, alliée à une précision rythmique digne d’un train suisse. C’est un morceau très axé sur le rythme, où les divers effets sonores sont d’une syncope millimétrée pour créer une atmosphère captivante — à condition, bien sûr, que le système soit à la hauteur. L’enceinte s’est lancée avec enthousiasme, affichant une alliance brillante entre restitution des détails, finesse d’analyse et sens du rythme impeccable — qualités sans doute favorisées par la membrane ultra-légère du tweeter.
Mieux encore : lorsque j’ai poussé le volume, la Majistra a conservé une tenue exemplaire, surpassant toutes les autres enceintes de taille équivalente que j’ai pu entendre. Fidèle à sa conception isobarique, elle a délivré des basses amples et parfaitement maîtrisées, de quoi faire rougir de fierté bien des enceintes colonnes. Bien qu’elle descende étonnamment bas dans le grave, c’est surtout sa facilité globale qui impressionne. Sur ce point, elle marque une nette progression par rapport à la Ministra ; cette dernière se débrouille très bien pour une enceinte de petit volume, mais la Majistra fait bien mieux encore, et ce, bien au-delà d’une simple amélioration proportionnelle. Je venais tout juste d’écouter la Classic 1/2 de Spendor — une très grosse enceinte de bibliothèque à large façade — et je n’ai pas vraiment ressenti de manque dans le registre grave par rapport à ce modèle. Sur le morceau de Kraftwerk, elle a conservé une belle énergie, ne montrant que peu de signes d’essoufflement, même à fort volume, et sans jamais produire de résonance excessive ou de traînage indésirable.
Bien qu’elle soit une enceinte très dynamique, capable de déplacer un volume d’air impressionnant dans la pièce lorsqu’on écoute du Kraftwerk, c’est en écoutant du jazz que j’ai pris le plus de plaisir avec la Majistra. Cela tient à sa dextérité rythmique, à sa pureté tonale et à la qualité de sa scène sonore, toutes déjà évoquées. L’image sonore est remarquable, une qualité largement due à ce tweeter qui ne cesse d’émerveiller.
Le morceau *I Have a Dream* de Herbie Hancock — le premier titre de son album phare de 1969, *The Prisoner* — fut un véritable régal. La Majistra a déployé une scène sonore immense, restituant toute l’ampleur acoustique du studio Van Gelder dans le New Jersey ; au sein de cet espace sonore vaste, je pouvais localiser chaque instrument avec une précision chirurgicale. Le piano de Hancock était solidement ancré au centre aux côtés de la contrebasse, tandis que la batterie se trouvait tout à droite et les cuivres à gauche. Le son était extrêmement immersif et doté d’une grande profondeur. Le solo de trompette s’élevait avec grâce, suivi par un saxophone au timbre délicieux. Le rendu des timbres instrumentaux est exceptionnel sur cette enceinte, presque autant que sa spatialisation.
LE VERDICT
Comme toute enceinte dans cette gamme de prix, la nouvelle Majistra de Neat n’est pas parfaite ; mais ce qu’elle fait, elle le fait avec brio, sans jamais attirer l’attention sur ses limites, somme toute peu nombreuses. Le résultat est une enceinte de bibliothèque de taille modeste, mais aux capacités musicales immenses et aux qualités hi-fi remarquables — notamment sa faculté à extraire les moindres détails d’un enregistrement ou à restituer l’espace acoustique original. Mais surtout, elle offre une écoute véritablement séduisante, capable de sublimer pratiquement n’importe quel genre ou enregistrement pour rendre la musique magique.
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