« Atoll ST300 & AM300 – Une petite île ? Loin de là ! » STEREOPLAY

StereoplayConclusion de l’article :

Atoll ignore superbement la démonstration de force brute. Ici, tout est question de dosage idéal entre micro-informations et puissance du signal. Rien que par l’aspect extérieur, nous sommes conquis par le savoir-faire français. Et nous nous réjouissons d’avance : si l’écoute est à la hauteur de cette impression visuelle…

Levons tout de suite le suspense : c’est un ensemble exceptionnel. Le mélange entre vivacité (tempo) et force surhumaine est parfait. Aucune qualité audiophile ne passe à la trappe.

Nous avons bien sûr réécouté le nouveau mastering du « Let it be » des Beatles sur clé USB, sur disque dur et en streaming. Pourquoi aimons-nous tant ces morceaux? Parce que ce sont les Beatles tout simplement, avec ce côté authentique et merveilleusement brut. Quiconque a visionné le formidable documentaire de Peter Jackson sur Disney+ écoute désormais ces bandes d’une autre oreille. C’est génial de voir ce qui a pris forme dans ce studio en seulement deux semaines. Les instruments jusqu’alors un peu en retrait bénéficient d’un tout nouveau relief : c’est le cas de la basse de Paul McCartney ou de la batterie de Ringo Starr. Le rythme (drive) s’installe soudainement dans les tréfonds du spectre. C’est précisément cette assise que le duo Atoll sait retranscrire à la perfection. Le ciel se déchire, tout devient lumineux et transparent. Puis, le puissant bloc de puissance assène un véritable coup de hache dans le son : de la force partout, presque archaïque. Nous y avons raccordé l’artillerie lourde de nos enceintes de référence ; jamais l’AM 300 n’a fléchi, jamais nous n’avons pu prendre le ST 300 en défaut de dureté. C’est une immense expérience, sans compromis , comme si nous étions assis directement dans le studio aux côtés des Beatles.

La grande symphonie

Comment les Français se comportent-ils avec la musique classique? Là encore, nous puisons dans notre catalogue d’enregistrements en haute résolution. Sir Georg Solti dirige la 8e Symphonie de Gustav Mahler. Pour ceux qui ne la connaissent pas, c’est ce qu’on appelle la « Symphonie des Mille ». Plusieurs chœurs se mêlent aux solistes et au plus grand orchestre jamais réuni. En théorie, seule une poignée d’auditeurs pourrait tenir dans la salle tant l’œuvre est démesurée. Un spectacle? Assurément. De la musique authentique? Oui, mais diablement difficile à enregistrer. Les ingénieurs du son de chez Decca s’y sont attelés dans les années 70, et c’est une totale réussite : une véritable orgie dynamique.

C’est le genre d’œuvre où les convertisseurs s’effondrent et où les amplificateurs s’asphyxient. Pourtant, le duo Atoll tient bon. Même les interventions du grand orgue résonnent sans le moindre effort. L’image sonore est magnifique, portée par cette sensation rassurante d’une puissance infinie. Notre perception en est toute chamboulée.

Nous méprenons-nous, ou discerne-t-on sous tout cela une noble chaleur? C’est tout sauf un hasard. Contrairement aux habituels transistors bipolaires commandés en courant, les MOSFET sont ici commandés en tension, à la manière des tubes électroniques. C’est donc bien vrai : Atoll flirte ici avec l’idéal sonore d’un amplificateur à tubes.

Après l’accord final de la Huitième de Mahler, nous reprenons notre souffle. Place désormais à un peu de légèreté. Voici une autre recommandation d’écoute : le trompettiste Till Brönner et le contrebassiste Dieter Ilg ont enregistré un album mémorable intitulé « Nightfall ». Le mieux est de l’écouter en vinyle : sans artifice, honnête et anguleux à souhait. Au sommet de l’album, tous deux s’attaquent à un monument sacré : « Eleanor Rigby ». Dès les premières mesures, les deux électroniques Atoll se rendent maîtresses de la pièce. Ce n’est pourtant pas un exercice facile, car le morceau mêle une réverbération subtile et une poussée prononcée de la basse. Immédiatement, une évidence s’impose : ici, rien ne nous est caché, on nous sert toutes les vérités de l’enregistrement sur un plateau. C’est un sentiment très agréable. Dans les meilleurs moments, nous calquons inconsciemment notre respiration sur le phrasé des musiciens. Et toujours, on retrouve cette étonnante assurance de l’électronique : il y a là du velours et une formidable profusion d’informations.

Conclusion Atoll AM300 :
Une puissance étonnante alliée à une reproduction d’informations maximale. Le tout avec une aisance déconcertante, voire une touche de charme typique des amplificateurs à tubes.
Excellent rapport qualité/prix.

Conclusion Atoll ST300 :
Un nombre impressionnant d’options réunies dans un seul châssis. Une puissante électronique numérique, mais aussi deux ports analogiques RCA. Même les amateurs de DSD ne sont pas oubliés.
Attention : La consommation en veille est étonnamment élevée – nous avons mesuré 15 watts. Mais pas de souci : un interrupteur physique est présent à l’arrière. Sur le plan sonore, le son est plutôt chaleureux, sans pour autant compromettre la magnifique transparence.
Rapport qualité/prix exceptionnel.

Andreas Günther

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