« Neat Acoustics Orkestra » THE EAR

Qualité sonore

Une période d’écoute de plusieurs semaines avec les Orkestra comme enceintes principales m’a permis de les tester de manière approfondie sur une grande variété de contenus. Mon fidèle amplificateur intégré/lecteur réseau/DAC Hegel H190 a parfaitement fait l’affaire ; je n’ai jamais ressenti le besoin de plus de puissance, compte tenu de la charge relativement clémente qu’elles présentent. Mes voisins conviendraient sans doute que ces enceintes sont capables de jouer fort tout en conservant une grande netteté à haut niveau sonore. La disposition des haut-parleurs de grave orientés vers le sol implique toutefois d’éviter les tapis trop épais.

Le hasard a voulu que les premières notes entendues soient celles du *Locus iste* de Bruckner, issu d’une archive de BBC Radio 3 qui remplaçait la diffusion en direct des *Choral Evensong*. L’interprétation de ce motet sacré a cappella de 48 mesures m’a donné des frissons grâce aux enceintes Neat : l’acoustique réverbérante du lieu d’enregistrement était magnifiquement restituée, tandis que les voix du chœur émergeaient avec une neutralité exemplaire, dénuées de ces défauts désagréables qui gâchent souvent les enceintes mal conçues. Ici, aucune sibilance ni lourdeur dans le bas-médium, aucune nasalité ; les voix étaient claires, précises et pures.

Rappelé par une visioconférence — comme cela arrive si souvent de nos jours —, je suis revenu alors que Radio 3 diffusait *Sound an Alarm* de Haendel (extrait de l’oratorio *Judas Maccabée*). La sensibilité de cet appel aux armes saisissant était ici magistralement rendue au sein d’une scène sonore vaste et détaillée, dotée de profondeur et de hauteur, créant une performance non seulement plaisante, mais aussi profondément immersive. J’ai trouvé que c’était là l’une des qualités majeures des Orkestra : la capacité à impliquer et à ravir l’auditeur, soutenue par une réponse dans les hautes fréquences sublime, semblant s’élever bien au-delà des limites de l’audition humaine. Alors que j’attendais avec impatience l’entrée des trompettes et des percussions vers la fin du solo de ténor, les Neat ont restitué ce mélange avec une habileté remarquable, tout comme les accords répétés et rythmés de l’accompagnement au clavecin. J’appréciais déjà les performances de ces enceintes, et cela s’est confirmé avec le *Scherzo n° 4 op. 54 en mi majeur* de Chopin, le piano étant un excellent révélateur de la qualité de conception d’une enceinte. C’est ici que l’expérience de musicien de Bob — qui sait exactement comment sonnent les vrais instruments — prend tout son sens. La restitution sonore était d’un réalisme saisissant, au point de paraître authentique, et a véritablement transporté la performance musicale dans ma salle d’écoute. À mes yeux, il n’existe pas de plus bel éloge pour une enceinte. Le dernier morceau de cette séance était tiré du huitième (et ultime) livre de madrigaux de Monteverdi, datant de 1638. Ce fut une conclusion magistrale pour ma première session d’écoute : l’émotion de l’œuvre a été transmise dans mon espace privé avec une telle conviction qu’elle a fait naître un large sourire sur mon visage.

Lors de notre brève séance commune, le rédacteur en chef et moi avions écouté un éventail de musiques orientées rock et pop (y compris des extraits de morceaux riches en basses diffusés par BBC Radio 1 et Radio 1 Xtra), et je sais qu’il a obtenu d’excellents résultats dans sa propre salle d’écoute avec ce type de répertoire. J’ai pour ma part profité d’une longue séance d’écoute, commençant par plusieurs voix féminines et des albums que je connais bien, tels que *Access All Areas* de Belinda Carlisle, *Alf* d’Alison Moyet et *Crossroads* de Tracy Chapman. Ces écoutes ont révélé une restitution bien plus neutre que ce que les composants auraient pu laisser présager si la conception n’avait pas été aussi aboutie. Dans chaque cas, j’ai pu apprécier un registre médium alliant solidité et préservation de la passion des artistes. Les Orkestra ont démontré leur vigueur sur des morceaux comme *Autobahn* de Kraftwerk — un titre que Neat utilise souvent lors des salons hi-fi —, offrant des basses tendues, presque sèches, bien plus profondes et maîtrisées que ce à quoi je m’attendais, ainsi qu’une dynamique tout en retenue. Le tweeter à ruban a alors pleinement révélé son potentiel, offrant une restitution d’une grande clarté et beaucoup de mordant dans les hautes fréquences. Le rythme était au rendez-vous, la mise en phase généralement excellente ; je n’ai eu aucun mal à battre la mesure sur une série de morceaux allant de *Avenues and Alleyways* (Christie) à un concert de Supertramp, en passant par Tina Turner déployant toute son assurance sur *Simply the Best* — un titre où le talent de l’artiste éclatait véritablement, touchant l’âme en plein cœur, à condition toutefois d’orienter légèrement les enceintes vers l’auditeur pour éviter que l’image sonore, d’un réalisme saisissant, ne s’effondre.

La plus grande surprise est survenue lorsque j’ai utilisé les Orkestra de part et d’autre de mon téléviseur grand écran : j’ai découvert des détails dans les basses fréquences de nombreuses bandes-annonces, publicités et musiques de générique (comme celle revisitée pour la dernière saison de la série *Minder*) que je n’avais jamais perçus auparavant, alors même que je les avais écoutées maintes fois sur divers systèmes d’enceintes. Une telle performance témoigne de l’efficacité des deux haut-parleurs de grave (l’un dissimulé derrière le haut-parleur visible et rayonnant vers le bas, sous le coffret) fonctionnant selon le principe de charge isobarique. Cette conception permet de doubler virtuellement le volume de charge pour les basses fréquences tout en garantissant une excellente maîtrise du grave, puisque les deux haut-parleurs reçoivent le même signal en phase. Il est difficile de réussir une telle configuration ; j’avoue d’ailleurs avoir entendu, lors de salons audio à travers le monde, de nombreuses tentatives de charge isobarique qui s’étaient soldées par un échec cuisant.

Après avoir profité des Orkestra pendant une longue période, je me suis demandé pourquoi d’autres modèles n’associent pas un véritable tweeter à ruban à une charge isobarique, malgré la complexité de mise en œuvre. En effet, bien que Neat ait expérimenté les véritables tweeters à ruban sur des prototypes depuis un certain temps, ce n’est que récemment (avec le lancement de l’Ekstra) qu’ils ont été intégrés à la version finale. C’est regrettable, compte tenu de la qualité exceptionnelle qu’ils permettent d’obtenir.

Conclusion

L’association du tweeter à ruban et de la charge isobarique fait de l’Orkestra une enceinte aux capacités remarquables. Une telle prouesse technique a un coût, d’autant plus que l’enceinte est conçue et fabriquée au Royaume-Uni. Ces deux techniques exigent non seulement une parfaite compréhension de la part du concepteur, mais aussi une exécution magistrale — ce qui est le cas ici, pour le plus grand bonheur de l’auditeur. J’ai toujours privilégié l’approche isobarique à la conception en ligne de transmission, et l’Orkestra de Neat confirme ce choix.

Malgré un volume de coffret important, l’enceinte parvient à éviter toute coloration de caisse ou sonorité « de boîte ». Elle offre également une restitution des basses d’une grande finesse, sans jamais devenir envahissante ou excessive lorsque l’enceinte est placée près d’un mur — un défaut souvent constaté avec des caissons de basses autonomes mal conçus. On retrouve ici une belle énergie et l’impact caractéristique des basses traditionnelles lorsque la musique l’exige, enrichissant la restitution globale sans jamais l’étouffer. La réponse dans le grave fait preuve d’une rapidité et d’une agilité rarement rencontrées avec des enceintes de ce gabarit. Les hautes fréquences sont tout simplement sublimes, grâce à ce tweeter à ruban pur — un composant coûteux — qui offre une restitution exemplaire, dénuée de la moindre sibilance. Il ne s’agit pas d’une enceinte de monitoring, et elle ne prétend pas l’être : elle ne cherche pas à disséquer la prestation pour en révéler chaque strate à des fins d’analyse. L’Orkestra privilégie plutôt une restitution sonore d’une grande expressivité, capable de transmettre toute l’émotion de l’enregistrement et d’immerger totalement l’auditeur. Grâce à une présentation homogène et tridimensionnelle, elle donne vie à la musique chez vous, quel que soit le répertoire ou la source utilisée.

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